Sept (7) obstacles qui freinent l’accès et le choix d’une contraception adaptée

Elle voulait éviter les grossesses rapprochées : mais que s’est-il passé ?

Alors que nous étions en train de célébrer la Journée Mondiale de la Contraception 2019, une jeune fille, Awa mère de deux enfants. Après nos prestations, elle fit une confidence : «  j’ai accouché de ma fille, il y’a un peu plus de douze (12) mois. Vu les circonstances conjugales, j’ai donc pensé à faire recours à la planification Familiale sans l’avis de mon mari. Une collègue m’a conseillé d’informer mon conjoint, selon elle mon mari devrait le savoir et il serait impliqué. Entre temps le paradoxe c’est que, mon mari est radical sur l’utilisation des méthodes contraceptives de planification familiale. J’ai 2 enfants et je suis de nouveau en état de famille. A-t-elle mal fait de me proposer cette idée ? » Awa, 30 ans (Guinée). Plusieurs obstacles freinent l’utilisation des méthodes contraceptives par les femmes. Non seulement par manque d’information et d’interprétation des réalités mais aussi par la non coopération des conjoints, comme Awa, plusieurs femmes sont souvent confrontées à des conditions insupportables face à leur santé de la reproduction.

Vous trouverez ici 7 obstacles qui freinent l’accès et le choix d’une contraception adaptée

1.      Les HommesUne Méthode traditionnelle

La décision primaire de l’utilisation des méthodes de contraception ne revient pas toujours aux femmes. Si les méthodes contraceptives modernes sont pour la plupart destinées aux femmes, les femmes mariées n’ont pas le pouvoir de décider. En Guinée l’approbation des hommes de la planification familiale est indispensable pour la hausse de la prévalence contraceptive. Comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays d’Afrique de l’ouest, toutefois la Guinée incarne une culture nataliste, où les hommes accordent souvent de l’importance aux familles polygames avec de nombreux enfants. En dépit de campagnes visant à encourager l’implication des hommes dans la planification familiale, un plus grand effort de promotion de la discussion et de la pratique contraceptive est nécessaire parmi les hommes et les couples. Les hommes qui devraient être la solution, ils ne le sont pas, c’est plutôt eux qui interdisent leurs épouses à utiliser un quelconque produit contraceptif sur leur toit. Il faut impliquer et appliquer les hommes à la promotion des bonnes pratiques comme ‘’l’Ecole des Maris’’ un exemple de stratégie à encourager dans tous les pays de l’espace du Partenariat de Ouagadougou.

2.  Manque d’informations fiables :
En Guinée, la grande partie des informations liées à la pratique contraceptive circule de bouche à oreilles. Malgré l’existence des campagnes nationales de promotion des méthodes contraceptives organisées par l’Etat et des séances de mobilisation sociales Initiées par les organisations de la société civile qui militent pour le repositionnement de la planification Familiale. Force est de reconnaître qu’en réalité un nombre important de la population reste encore à couvrir en termes de  besoin non satisfait (26%) des femmes mariées. La plus part de ceux/celles qui ont entendu parler de la contraception, surtout des méthodes modernes résident qu’au niveau des villes.
Les sources d’information sur la planification familiale varient souvent du lieu de résidence.
En milieu urbain, une plus grande proportion déclare en avoir entendu parler des méthodes contraceptives à travers plusieurs sources. Par contre, il existe encore un manque d’harmonisation des actions de sensibilisation et de promotion des méthodes contraceptives car la plus part des actions sont centrées vers la capitale et certaines grandes ville de la Guinée. Il serait non seulement très important d’intensifier et d’harmoniser les actions de promotion des méthodes contraceptives vers les collectivités défavorisées, mais aussi de les inciter à se renseigner auprès des prestataires de santé.

3.  Le coût et l’accessibilité aux produits :

Les problèmes d’accès sont toujours un obstacle à l’utilisation des méthodes contraceptives, de près d’une femme sur 10 dans les milieux ruraux et dans les ménages plus démunis. Un cas illustratif récemment à N‘zérékoré, une ville située à plus de 1000 km de Conakry qui a connu une rupture de préservatifs. « Actuellement, il y a une rupture totale de préservatifs à N’zérékoré et le problème c’est partout, à la pharmacie centrale, à la direction préfectorale de la santé et même chez nous (AGBEF Ndlr), c’est le problème majeur. Donc, nous lançons un appel solennel au gouvernement de nous aider à avoir des préservatifs », a indiqué Hélène Kéléba, responsable de la planification familiale de l’AGBEF (Association Guinéenne pour le Bien Être Familial), mercredi 04 septembre 2019, au cours d’un entretien accordé à la rédaction de radio Espace Forêt. Poursuivant, elle dira qu’il y a une forte demande en ce moment notamment au niveau de sa structure. « Il y a beaucoup de demandes de préservatifs. Maintenant s’il n’y a pas de préservatifs, ça veut dire que la population juvénile est exposée », a-t-elle alerté.
Selon des spécialistes, cette situation risque de favoriser la propagation du VIH/Sida et d’autres maladies infectieuses. Mais aussi le prix du condom risque de connaître une hausse sur le marché.

4.  La Réticence :

Le choix de recourir à une pratique contraceptive peut être freiné par la réticence de certaines femmes à consulter un professionnel de santé parce qu’elles redoutent l’éventualité d’un examen gynécologique ou de questions que pourrait leur poser le professionnel de santé et qui relèvent de l’intime. C’est le cas de Binta, 23 ans comme toutes autres filles en Afrique de l’ouest.  « Depuis un bon moment, une collègue m’a parlé des pilules et autres méthodes. Mais ce qu’il faut savoir c’est que j’ai honte de parler de mes intimités à quelqu’un, même au médecin, c’est très difficile» a-t-elle dit. Peu d’entre elles aussi discutent de la pratique contraceptive avec leurs partenaires ou époux.

5.   Les pesanteurs religieuses :
Les textes sacrés de la religion chrétienne ne condamnent pas, ils n’interdisent non plus aux chrétiens l’utilisation des méthodes contraceptives. Selon plusieurs rapports islamiques sur la planification familiale, les imams affirment que l’islam est une religion qui tient compte de l’Homme dans tous les aspects.
Les religions n’interdisent pas la planification familiale, elles interpellent plutôt à la responsabilité des uns et des autres face à une décision d’avoir ou non des enfants. Par contre, l’interprétation de ces textes fait un paradoxe dans la communauté ce qui constitue une barrière pour les femmes d’utiliser les méthodes contraceptives. L’implication et l’appropriation des leaders religieux dans les séances de mobilisation et d’interprétation des textes afin de clarifier les valeurs pour le repositionnement de la Planification Familiale est incontournable.

6.  Les effets secondaires :

 « Quand j’ai utilisé l’implant pour la première fois, j’ai eu la nausée. Au cours de deux mois, j’ai pris du poids et mes menstrues n’étaient plus constantes. Lors du troisième mois , j’ai saigné presque pendant trois (3) semaines. J’ai donc eu très peurs, j’ai décidé d’arrêter. Du coup une collègue m’a même dit que ça pourrait causer la stérilité à la longue. »  Zénab, 26 ans.
Lors des consultations sur la contraception, les femmes doivent être pleinement informées des différents types de contraceptifs disponibles et des avantages, inconvénients et taux d’échec de chaque méthode. Il est aussi important d’informer adéquatement les femmes sur les effets secondaires potentiels et, le cas échéant, sur la façon de les gérer, ainsi que de leur donner l’occasion, au besoin, de changer de méthode. Les effets secondaires d’une méthode de contraception sont d’autant moins acceptés que le désir de grossesse. S’ils ne sont pas expliqués préalablement aux utilisatrices, ça risque d’être un véritable obstacle pour les nouvelles utilisatrices.

7.  Les rumeurs / les préjugés :   

« On m’a dit que quand on utilise les méthodes contraceptives modernes surtout  » n’na antibal »  (jargon soussou) qui signifie Implant, que cela provoque des complications et finalement l’on devient stérile à la fin ?» tel est l’inquiétude de Kadiatou, 23 ans célibataire et mère d’un enfant (Guinée).
De nos jours les rumeurs et les préjugés constituent un véritable frein à l’utilisation des méthodes contraceptive. Il faut noter que plusieurs femmes se posent cette question entre elles, mais elles n’arrivent pas à les poser aux spécialistes. Souvent beaucoup d’utilisatrices des méthodes contraceptives conçoivent en très peu de temps après avoir arrêté. Les contraceptions permettent à l’organe reproductif de se reposer pendant un moment voulu, et dès lors qu’on arrête, l’organisme reprend toutes ses fonctions immédiatement par contre, le retour à la fertilité varie d’une personne à une autre et d’une méthode à une autre. Il faut retenir qu’en dehors de la méthode définitive, toutes les autres méthodes sont réversibles.

Pour répondre à une telle urgence de la pratique contraceptive dans l’optique de repositionner la planification Familiale, et réduire le taux de mortalité maternelle et infantile, il faut une synergie d’action de toutes les parties prenantes œuvrant dans le cadre du repositionnement de la planification familiale. Ces actions, en plus de celles qui sont faites doivent être orientées dans un premier temps vers les axes de mobilisation sociale au niveau décentralisée c’est-à-dire vers les populations des collectivités locales. Dans un second temps, orientées vers les populations défavorisées, ces actions seront focalisées sur la clarification du mythe autour de la contraception. Ainsi cela permettrait de briser les obstacles qui freinent l’accès aux produits contraceptifs adaptés et de promouvoir l’utilisation des méthodes contraceptives pour une réduction importante du taux de besoins non satisfaits en termes de Planification Familiale chez les femmes dans l’espace du Partenariat de Ouagadougou.

    Antoine Fassou Loua,  Enseignant Chercheur, Jeune Ambassadeur pour la Santé de la Reproduction et la Planification Familiale (JA-SR/PF/GUINEE)

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